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L’affaire Garfieldd : un proviseur viré à cause de son blog

Des dangers de l’expression sur l’Internet, et des précautions à prendre

mercredi 22 février 2006, par L’intendant zonard

Un mot, maintenant qu’elle est terminée, sur l’affaire Garfieldd.

Garfieldd était proviseur dans une (toute) petite ville, tenait un blog dans lequel il parlait (peut-être en manquant de prudence) de sujets professionnels ET de sa vie privée et notamment sexuelle. Il a été, dans un premier temps, condamné à la révocation (!), avant que le Ministre n’accepte un recours gracieux, qui fait que l’auteur de ce blog n’aura finalement été que mis à pied six mois et muté d’office (ce qui reste salé, mais certainement déjà plus en rapport avec les erreurs ou fautes commises).

Quelle est désormais la limite entre la vie privée et la vie professionnelle dans les blogs ?

La réponse est très simple : qui, sur l’Internet, parle d’un sujet professionnel, doit pour ne pas avoir de problèmes, s’appliquer les règles de sa profession comme s’il agissait sur ordre de sa hiérarchie. C’est la seule manière de faire qui permet à peu près d’éviter l’essentiel de ses ennuis. Pour aller au-delà (au-delà d’une attitude professionnelle stricte, pas au-delà du respect des personnes et des règles en général), il faut un luxe de précautions, parmi lesquelles l’anonymat, au moins formel, tout le monde pouvant être reconnu.

Donc, si un blog parle de boulot, il doit être anonyme, ou bien absolument anodin. S’il est anodin, il n’intéressera pas grand monde. Donc un blog parlant de l’expérience professionnelle de son auteur doit nécessairement brouiller les pistes, ne pas permettre (au-delà d’un cercle restreint de gens qui les connaissent déjà) la reconnaissance des personnes et des situations décrites.

En gros, en se relisant, il faut se demander si le juge pourra reconnaître de qui il s’agit. Que le patron reconnaisse sa boîte n’expose normalement qu’à des brimades. Enfin, ça dépend du patron, mais si c’est un sadique, on sera nécessairement plus prudent... Si le patron peut prouver que la lecture seule d’un blog (ou un recoupement simple avec d’autres sites accessibles et notamment en lien avec lui) permet à des étrangers à la situation de reconnaître et décrypter tout de la vie interne de son établissement/entreprise, là on est très loin derrière la ligne jaune.

Dans l’Intendance Zone, je prends quelques risques, car des propos critiques à l’encontre de l’Institution y sont tenus. Mais je suis très attentif à la proportion de critique, pratiquement toujours présentée de manière ironique. Jamais de noms ni de titre d’établissement, le moins possible même le nom de mon académie.

Et puis je ne mets que des critiques sur des situations, jamais sur des personnes. Je dis par exemple que les services informatiques de mon Rectorat sont incapables d’assister les intendants dans leurs problèmes avec le logiciel de gestion, et que c’est un scandale absolu. Jamais je n’écrirais ni même ne laisserais penser qu’il y a des gens dans ce service qui seraient incompétents. Je décris la situation, éventuellement j’en donne ce qui m’en semble la raison : insuffisance des moyens, mauvais choix... "Mauvais choix", c’est déjà critiquer ceux qui les ont faits (qui ne sont pas nommés ni attaqués par ailleurs), mais qu’ils viennent donc me chercher en commission disciplinaire sur des propos pareils, j’attends de voir...

Il est vrai que je n’ai pas choisi de tenir un blog avec mes états d’âme au quotidien, mais un site d’entraide pour les collègues dans la peine. J’ai donc forcément plus de recul, et je ne parle normalement que pour indiquer des solutions aux problèmes qui se posent. Il est d’ailleurs emblématique que, quand j’ai été convoqué par ma hiérarchie au sujet de mon site, les pages sur lesquelles on m’a fait des réflexions étaient celles de la section... humour. Les profs de mon établissement qui avaient été me "dénoncer" tenaient à prouver qu’ils en manquent gravement.

A priori, la diffusion de l’Intendance Zone ne dépasse pas, pour des raisons de jargon, d’intérêt tout simplement, le milieu des personnels administratifs de l’EN. Ce qui était aggavant mais aussi particulièrement intéressant dans le cas du blog de Garfieldd, c’était qu’il permettait à des étrangers au système d’avoir une idée de comment se dirige un établissement, et c’était vraiment une bonne chose.

Messages

  • Etant moi-même l’auteur d’un site d’entraide pour les collègues, je suis bien entendu sensible à ce sujet.
    Perso, je n’ai pas l’impression de prendre des risques en le faisant ; mais il est vrai que mes commentaires sont nettement moins percutants que les tiens, et que l’on pourrait surtout me reprocher de mettre en ligne des documents dont je ne suis pas l’auteur et qui ne m’appartiennent pas ; même si je le fais sans but lucratif et simplement pour aider.
    Cela étant, même à vocation professionnelle, nos sites restent avant tout des sites personnels, faits en dehors de la structure Education Nationale et notre hiérarchie n’a pas à priori à s’en mêler. Je trouve anormal et scandaleux que tu ais été convoqué par ta hiérarchie à propos de ton site car à ma connaissance (et sauf si des pages que je ne connais pas ont été supprimées), rien ne justifiait cette démarche. Notre devoir de réserve de fonctionnaire lorsque nous exerçons nos fonctions in-situ, n’implique pas la négation de notre droit à titre personnel à analyser et à critiquer l’institution et à faire connaître notre opinion dans la mesure ou elle n’est pas diffamatoire. D’ailleurs sur le forum de mon site, comme sur celui de l’AJI, voir celui de la DAF, on peut trouver de nombreuses opinions désobligeantes pour l’institution : c’est normal et sain (et en plus, ça fait soupape de sécurité).
    Par contre sur le blog de Garfieldd, le proviseur concerné mettait gravement en cause des personnes facilement identifiables (et je pense notamment aux réflexions très désobligeantes sur les manquements réels ou supposés de son intendant qu’il appelait Rantanplan), évoquait des cas d’élèves, des réunions confidentielles. Tout cela constituait – à titre personnel comme professionnel – des fautes graves qui à mon sens justifiaient une sanction administrative comme judiciaire. Bien entendu, pour se faire une opinion, il faut consulter ce blog aujourd’hui disparu mais dont Goggle garde une trace dans ses pages en cache que l’on peut consulter :
    http://72.14.207.104/search?q=cache:wRafQl87G18J:www.garfieldd.com/index.php%3Fp15+site:garfieldd.com&hl=fr&gl=fr&ct=clnk&cd=10

    • Mettons tout simplement qu’une personne haut placée m’a alerté de l’agitation de certains enseignants dans l’établissement que je m’apprêtais à quitter. Nous avons alors convenu ensemble que couper la tordante et inoffensive "page du squelette" permettait de faire taire ces hargneux redresseurs de torts. J’avais aussi supprimé la page "la vache", puis après mûre réflexion, j’ai maintenu un lien vers le blog où j’avais trouvé cet étonnant témoignage, mais sans en recopier le texte sur mon propre site. Dans un cas comme dans l’autre, la plus mauvaise foi du monde n’aurait jamais réussi à faire avaler que qui que ce fût dans cet établissement eût été visé ou cité de manière reconnaissable.

      Je n’ai aucun regret à ce sujet, je me dis que "le squelette" sortira un jour du placard, on verra bien quand. Je suis amer à l’encontre de mon chef d’établissement d’alors qui ne m’a pas informé de ce qui se préparait : difficile d’imaginer qu’elle n’avait pas l’intention de me mettre dans une situation délicate. Plus grave, je considère qu’elle n’a pas agi dans l’intérêt de notre établissement en faisant de la sorte.

    • J’ai remis en ligne la page du squelette il y a quelques temps. A peu près sans changement d’ailleurs, mais franchement...