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Reportage sur le plantage du transfo 20 000 V

dimanche 20 juillet 2025, par L’intendant zonard

On bosse tranquillement le dimanche soir sur Op@le, et puis paf, plus de jus. Et c’est du bahut que vient le problème. Retour d’expérience sur ces moments délicieux, rédigé à chaud au fil des événements, lors de la troisième crise du genre de ma carrière probablement déjà un peu trop longue.

Diagnostic

À la seconde où le jus saute, l’intendant avisé se met en chasse. On cherche immédiatement à repérer l’ampleur de la panne, pour voir jusqu’où elle remonte. Les BAES sont nos amis : si les blocs autonomes d’éclairage de sécurité sont allumés plein pot, c’est que la coupure est générale, ce n’est pas seulement le circuit d’éclairage ou des PC.

Par la fenêtre un jette un œil à un autre bâtiment de l’établissement, et si l’on voit des lumières inhabituelles, bingo les BAES sont à la fête, et cela veut dire que ce bâtiment-là aussi est touché.

Connaître son installation

Un point de desserte électrique est alimenté par une protection (adaptée à l’usage), dans une armoire électrique d’étage. Les différentes armoires sont, elles alimentées par un tableau général de basse tension (TGBT), qui dessert approximativement un bâtiment.

Le TGBT tire son jus depuis le réseau basse tension directement si c’est un petit établissement, ou bien d’un transformateur propre au bahut.

Un transfo 20 kV dans un lycée
Transformateur refroidi à l’huile, avec donc un bac de rétention à ses pieds en cas de fuite, et le DGPT2 posé dessus. On voit une cellule à gauche.
IZ

Le transformateur est accompagné de grosses armoires métalliques, de section carrée d’environ 40 cm, sur 1,5 m de haut : les cellules.

Les cellules HT
J’ai entouré les lumières témoin, celle du milieu n’est pas alimentée.
À l’intérieur des cellules
Des fusibles de 60 cm de long...

Dans la phase de diagnostic, vous devrez savoir remonter, en quelques minutes, l’origine de la coupure. Si l’éclairage urbain, les feux de circulation, la lumière dans les bâtiments voisins s’arrête, c’est loin au-dessus de vous, et ne vous en faites pas, Enedis est au courant. Ils feront ce qu’il y a à faire.

Qui assure la transformation HTA vers la basse tension ?

Il se trouve souvent un transformateur dans un petit bâtiment en bordure de la parcelle, mais vous avez besoin de savoir si c’est un poste public, qui vous vend la basse tension, ou s’il appartient à votre EPLE. S’il appartient à l’établissement (à la collectivité de rattachement, en fait), vous le savez parce que vous avez un contrat qui s’appelle "tarif vert".

Si au contraire vous achetez de l’électricité basse tension au réseau, vous êtes alors en "tarif jaune". Concrètement, ces couleurs sont des souvenirs des factures EDF de l’époque lointaine du monopole, mais tout le monde comprend encore de quoi l’on parle quand on les utilise.

Quand vous êtes en "tarif vert", concrètement en tant que SG de l’EPLE, vous vous retrouvez responsable d’un transformateur 20 kV dont vous ignorez tout. Et vous n’avez naturellement aucun agent habilité à même pénétrer dans le local. C’est d’un pratique...

Alors concrètement cher·e collègue intendant·e, sais-tu où sont les armoires électriques d’étage ? Où se situe le TGBT, si le transfo est à toi et où il se trouve ? As-tu accès aux clés, correctement identifiées, permettant d’intervenir dans chacun de ces endroits ? Une seule réponse négative à ces questions représente un ticket aller simple pour l’enfer le jour où ça sautera.

L’entretien attendu des installations HT

Ci-dessus je disais que dans un EPLE normal, personne n’est habilité haute tension. Donc personne de l’établissement ne devrait jamais passer la porte du local transformateur. Pourtant un tel local nécessite un minimum de supervision : il doit être propre, correctement éclairé, équipé d’un BAES en bon état et d’au moins une lampe baladeuse sur batteries en état de marche, et naturellement indemne de tout stockage ou présence d’objets idiots, les pires étant ceux conducteurs d’électricité, donc tout ce qui est en métal. Et ceux en matériaux combustibles (bois et plastiques) sont à peine moins malvenus.

De même que s’entretiennent les armoires électriques basse tension, les installations HT doivent aussi être vues périodiquement par un technicien pour resserrer des connexions, et probablement d’autres actions qui ont fait défaut dans mes établissements, à trois reprises.

Sans rien y connaître, j’aurais tendance à vous dire ceci : quand le matériel est neuf, c’est là qu’il a le plus besoin de cet entretien. Quand on achète un vélo neuf, on fait une vérification de la tension des rayons des roues après quelques sorties, sans attendre qu’elles ne se voilent. Eh bien il en est probablement de même avec l’effet piézo-électrique : c’est après le premier montage que ça bouge le plus.

Après tout ce que je raconte à tout le monde sur les photocopieurs, le second message le plus important que j’aimerais que les lecteurs de l’IZ retinssent : la garantie n’exclut pas la maintenance, elle s’en nourrit ! Des matériels professionnels exigent une maintenance, et c’est le mainteneur, choisi de préférence pas chez le vendeur, qui vous dira si un appareil présente un défaut, ou un défaut de mise en service, qui justifierait de faire jouer la garantie.

Quelles actions dans l’heure qui suit une coupure de réseau électrique, si elle est appelée à durer ?

Après avoir averti la collectivité de rattachement et le chef d’établissement, commencez par désarmer toutes les alarmes intrusion. Après un certain temps, elles vont se croire attaquées par des truands qui les ont déconnectées intentionnellement, et se mettre à hurler jusqu’à épuisement complet des batteries, sans qu’on puisse rien faire pour les arrêter. En emm.nuyant copieusement le voisinage au passage.

Ensuite pour les alarmes incendie, vous pouvez, si elles ne sont pas déjà tombées d’elles-mêmes, presser le bouton qui refermera les portes coupe-feu : il n’y a pas d’intérêt particulier à les laisser ouvertes, sauf si les bâtiments sont encore pleins de gens, et encore, en consommant des batteries de secours pour cela.

Après, vous pourrez envisager l’extinction en bon ordre des serveurs informatiques, s’ils sont encore alimentés sur leur onduleur. Quand c’est bien fichu, l’onduleur donne l’ordre au serveur de s’éteindre avant que la batterie ne soit épuisée, mais l’avez-vous vraiment testé comme je le suggère dans mon article ? Dans la vraie vie, c’est rarement bien fichu. Pour éteindre un serveur, cherchez le bouton marche-arrêt de la machine, et pressez dessus une fois, ça devrait déclencher une procédure d’extinction. Sinon, sur les serveurs Linux, en ayant trouvé le clavier vous pourrez faire Alt-Ctrl-Suppr (oui, la combinaison de touches qui sert pour les plantages dans Windows).

Il y a aussi les produits chimiques dans les labos : les armoires ventilées ne le sont plus. Ici on a des volets électriques, ils étaient fermés au moment de la coupure, et c’était le printemps. On a donc arbitré de laisser une fenêtre ouverte, derrière le volet fermé, pour ventiler un minimum les laboratoires de chimie où ces armoires de stockage peuvent se trouver.

Si la coupure a eu lieu dans un établissement en pleine activité, alors toute personne travaillant sur un équipement électrique devrait débrancher, arrêter l’appareil qu’il utilisait au moment de la coupure. On n’imagine pas sereinement que la scie circulaire de l’atelier bois redémarre toute seule sans surveillance au moment de la remise en circuit ! Vous devrez donc faire le tour de l’ensemble des personnels concernés, et ça ne sera pas simple, sans les moyens de communication électroniques.

Le moment où c’que ça arrive

Bah, vous ne choisirez pas. Mes EPLE ont eu énormément de chance : les trois fois c’était au début des vacances de printemps. On a eu le temps de faire tout le job et les cours ont pu reprendre sans la moindre anicroche. Si ça vous arrive en plein pendant les épreuves du bac, ou au plus fort de l’hiver quand il sera indispensable de garantir le hors-gel dans les bâtiments, mhhh... Mais le dimanche de Pâques à 18h, ça blase.

Après le rétablissement du courant

Les batteries de tout un tas de systèmes dans l’établissement se seront vidées. Comme expliqué dans cet article sur les piles et batteries, les batteries au plomb ne supportent pas d’être complètement vidées, ça les bousille. Il est donc probable que vous aurez, après une coupure de plusieurs jours, des batteries très en colère, qui vous enquiquineront en causant des défaillances impromptues sur les systèmes d’alarme incendie, d’alarme intrusion, les onduleurs informatiques, la téléphonie, l’interphonie, les portails, et j’en passe.

Et concrètement mon expérience

In extenso, pour les curieux et les insomniaques. Attention, ce récit ne vaut certainement pas formation. En démystifiant un peu le sujet et en permettant de comprendre l’enchaînement des événements, j’espère permettre à mes lecteurs d’être un peu moins désarmés et un peu plus efficaces le jour où il leur arrivera la même chose. Mais restez humbles, prudents, ne faites rien sans un conseil avisé et ferme, abstenez-vous si vous aviez pris l’apéro juste avant, ou si vous avez la moindre chance de refiler le boulot à quelqu’un de plus formé que vous.

Le dimanche de Pâques à un peu plus de 18 heures, comme tout collègue normalement constitué j’étais devant Op@le. Extinction brutale du PC et des écrans, comme de la lumière. J’ai donc regardé les blocs de secours du bâtiment, ils y étaient tous. J’ai regardé le bâtiment d’à côté, pareil. Sachant où se trouvait la clé du local TGBT desservant ce secteur, je suis allé la chercher. Et là boum, une porte fermée sur mon chemin que j’avais toujours vu ouverte, et pas moyen de la passer. Heureusement j’ai fini par croiser un agent logé, touché par la coupure et en errance dans l’établissement, qui avait cet accès.

Après avoir perdu une demi-heure, j’ai pu rentrer dans le TGBT. Entretemps j’avais vu la coupure partout sur le campus, ça ne sentait pas bon du tout. Là, le tableau de basse tension était parfaitement normal, tous les connecteurs en position de fonctionnement. Alors j’ai regardé le transfo et ses cellules.

Bin oui, dans mon établissement pas aux normes, les TGBT sont dans le même local que le transformateur haute tension. Donc seuls les agents habilités, ce que je ne suis évidemment pas, peuvent y pénétrer. Mais le service, toussa... Bref, je me retourne, et les cellules du transformateur étaient éteintes, et le transformateur n’émettait aucun ronflement. Les cellules étaient toutes en position normale, indiquant un circuit fonctionnel.

Dès lors, plus de doute à mes yeux, c’est la distribution du courant haute tension qui ne parvenait plus. J’avais raison, mais tort quand même. Je me suis retourné vers le service public de la distribution. Depuis mon téléphone, j’ai trouvé https://www.enedis.fr/panne-et-interruption

Il faut commencer par donner son code postal. Et là on a la carte de la ville avec les incidents dessus. Chez moi, tout était parfaitement normal partout. Je me dis qu’ils ne sont pas encore au courant, et je décide d’appeler malgré tout au numéro indiqué pour les professionnels desservis en haute tension HTA, le 0811 882 200.

Au premier appel, on me répond que non tout va bien et que c’est forcément dans mon installation que ça foire. Moi je dis que j’ai vu mon transfo avec des cellules qui ne reçoivent rien, mais le gars ne veut rien entendre. Un peu plus tard, je rappelle en disant que le bâtiment public d’en face a ses BAES en mode d’alerte. C’était faux, mais de bonne foi, j’étais allé jusqu’au pied du bâtiment pour voir ces lueurs assez fortes, apparemment leurs blocs éclairent beaucoup même quand il fait encore jour même en veille normale. Au second appel l’opérateur prend pitié de moi, et me dit qu’il m’envoie quelqu’un.

Un peu plus tard le camion Enedis arrive, et l’intervenant connaît le site, il est même parent d’élève (y en a une qui aurait eu des bonnes notes dans les prochaines semaines si l’intendant avait des consignes à donner aux profs !). Et là il m’emmène dans un endroit que je ne connaissais pas ! Amityville, ce local : après avoir débouché la serrure probablement "améliorée" par un aimable élève, on a dû écarter une épaisse couche de toiles d’araignée pour entrer ! À l’intérieur, des plantes avaient poussé à travers les carreaux vitrés, et fait exploser les vitres : du verre pilé par terre, entre autres. Une lampe baladeuse des années 70 évidemment hors d’usage décorait un pan de mur.

Là, l’aimable monsieur me montre les deux cellules qui lui appartiennent : elles sont d’ailleurs sécurisées par des cadenas. Et elles recevaient bien du courant. En revanche, les miennes étaient éteintes. Pas de transfo dans ce local : c’était un poste de distribution. Y avait marqué poste de transformation sur la porte, mais bon c’est des détails tout ça.

On a repéré sur le mur une petite armoire électrique, avec un seul bouton appelé "réarmement". À l’intérieur, quelques circuits, relais, et des batteries. Mon interlocuteur ne m’a pas dit que c’était déraisonnable d’appuyer sur le bouton, alors je l’ai fait, et là on a eu un peu de lumière sur le bloc entre les cellules Enedis et celles qui, je l’apprenais, partent vers le reste du lycée. Un écran s’est allumé, a booté un système, qui a fini par dire "défaut terre". Pas-glop-pas-glop.

Le central d’Enedis, contacté par l’intervenant de terrain, a fini par dire qu’ils ont enregistré un pet sur la courbe à 18:18, visiblement provoqué par la brutale déconnexion de mon site. Bon sang, s’ils m’avaient dit ça dès le premier coup de fil, j’aurais admis que le problème venait de chez moi plus rapidement et serais parti dans une autre direction ! Je ne sais pas trop laquelle d’ailleurs, bref. Mais notez bien l’heure précise du problème, ça peut fortement aider à la compréhension du problème.

La suite se fait avec au téléphone un technicien d’astreinte chez une boîte en contrat avec la région, SPIE. Après vérifications, cette entreprise n’avait pas de contrat pour des astreintes du dimanche veille de jour férié à 21 heures, et de toutes manières son marché avec la région n’était pas pour mon département. Mais l’opérateur a eu pitié de moi et il m’a accordé toute son attention.

Entretemps on avait compris qu’il y avait un troisième transfo dans mon lycée, ce qui porte donc à quatre locaux différents la présence du 20 000 V sur le site. J’ai donc entrepris la visite méthodique des trois transformateurs, sans trembler puisque je savais à l’avance qu’ils ne recevaient pas le moindre watt. Sur les deux premiers, dont celui que j’avais déjà été voir, rien à signaler. Mais sur le troisième, une cellule était bien en déconnexion. Mon guide au téléphone m’a demandé de regarder le transformateur, il y avait au-dessus un dispositif DGPT2.

Le DGPT2 (nan c’est pas un mnémonique Op@le !)

Ce bidule est concrètement un niveau d’huile pour contrôler le niveau de refroidissement du transformateur, et déclencher automatiquement la mise en sécurité au besoin. Bingo, il était vide. Un peu d’huile avait suinté par le joint de l’appareil, je l’ai vue mousser autour de quelques vis.

Toujours guidé par mon sauveteur au téléphone, j’ai attrapé sur le mur une clé servant à manier les cellules, et j’ai fait tomber les cellules qui étaient encore en connexion. Cette action permettait d’isoler le transfo défectueux des deux autres, et d’envisager leur redémarrage.

Après je suis retourné dans le poste de distribution. Là, toujours avec des indications téléphoniques, je me suis fait accompagner par un voisin qui tenait la perche isolante pour me retirer en cas d’arc électrique. Mhhh, en bois les perches dans mon établissement, ça doit plus trop être la mode... J’ai enfilé les gants isolants, et j’ai réarmé le disjoncteur. La manip n’est pas simple, il fallait intervenir mécaniquement, avec une clé dans la bonne position et les boutons enfoncés dans le bon ordre, et ce après avoir demandé un reset au machin avec un écran. Après un peu de tâtonnements, hourra, on a eu de la lumière aux cellules irrigant les deux transformateurs encore vivants. Et en sortant du local sinistre, autour de nous l’énergie était revenue, sur un gros tiers du site seulement, pas de miracle.

Cinq heures s’étaient écoulées, j’avais reçu le secours de l’astreinte de la région, de l’opérateur téléphonique Enedis, du technicien d’astreinte Enedis, du technicien d’astreinte SPIE. Ces deux derniers m’ont accordé du temps et rien ne les y obligeait, en allant au-delà du minimum exigible en plus : le Service public ça existe encore ailleurs que chez nous. Et je vous assure que dans ces moments-là, on se sent très seul, donc tous les gestes de soutien changent la donne.

On a donc plus de la moitié du site qui n’est plus alimenté en électricité, le transfo 480 kVA étant mort. Naturellement ce gentil appareil dessert les logements de fonction et le bâtiment du Greta, les trucs qui comptent pour les deux semaines de vacances qui commençaient. Je suis content d’avoir sauvé les congélateurs de la cuisine avec cinq petites heures de coupure qui n’auront pas eu de conséquence, mais les enquiquinements ne sont pas finis !

Le lundi, mon correspondant chez SPIE est venu jusqu’au lycée pour prendre connaissance de la situation. Il en a fait un retour dans un message électronique, avec des photos, que j’ai pu envoyer à la collectivité de rattachement. Les personnels de la région, après l’astreinte d’urgence, ont commencé à se saisir du dossier le lundi férié, et ont obtenu une visite le mardi après-midi par l’entreprise effectivement en contrat sur notre secteur.

Le mardi matin, c’était le service de vacances, et j’ai pu faire un point avec l’équipe de maintenance. On a notamment immédiatement rabattu la végétation qui s’était installée dans les fosses d’accès aux transformateurs, et dégagé quelques objets qui n’avaient rien à fiche dans ces locaux.

Du côté des autres personnels, eh bien on s’est retrouvés en situation de congés de fait : ne pouvant travailler, du fait de l’établissement, les personnels administratifs, de labo, du service général ont été renvoyés chez eux. Petites jalousies prises en ligne de compte, il faudra une forme de retour d’ascenseur informel pour ceux des personnels qui n’ont pas eu "cette chance". Rassurez-vous, personne n’a envisagé une seconde que l’intendant avait pu travailler à un moment ou à un autre, ça c’est normal.

Le mardi après-midi, avec la visite de l’électricien HT de la région, on a eu la confirmation qu’il y avait quelque part le bon modèle de transformateur en stock. Le plus compliqué étant de réunir l’appareil, mais aussi les câbles, et l’équipe de grutiers et d’électriciens spécialisés, la remise en service d’une installation entièrement fonctionnelle est programmée au lundi. Quatre jours ouvrés plus tard, ça aurait été pas mal ! Mais dans la vraie vie, le courant ne sera rétabli que le jeudi, on aura donc eu onze jours calendaires de coupure.

Pendant tout ce temps, pas de sécurité sur le site : entre les portes, portails et portillons qui ne fermaient plus (tous ceux avec des boucles magnétiques) et l’absence d’alarme intrusion, on a aussi dû payer pour des rondes de sécurité. Mais les gentilles personnes qui auraient pu avoir envie de mettre le feu ou piller les locaux n’ont apparemment pas été informées du problème, ouf !

Un générateur pour faire l’appoint en attendant ?

Avec 18 logements et tout un bâtiment Greta bloqués tout ce temps, on pouvait quand même faire quelque chose ? Sauf qu’un transfo 500 kVA, pour lui suppléer, une locomotive de fret SNCF ne suffirait pas. On a pu avoir un bel appareil assurant 100 kVA, probablement ce qu’il y a de plus gros qu’on puisse livrer comme ça. Sauf que.

Sauf qu’il y a les délais pour que le machin arrive, puis qu’il soit mis en service. Puis il faut l’alimenter en diésel, et il en faut beaucoup, en remettre régulièrement. Pour des questions de puissance disponible, on n’a pas pu sauver le soldat Greta, que les logements, largement désertés pour les vacances. Sachant qu’au moment où le générateur a été raccordé, ça faisait longtemps que le contenu des congélateurs perso était fichu. Bref, tout ça pour à peu près rien. Suivant le bon vieux système de celui qui râle le plus fort pour demander "la moindre des choses", on passe une énergie folle à obtenir un truc mal foutu qui arrive trop tard et ne règle que 20 % du problème, dont 5 % de vrai problème de gens qui ne s’étaient pas barrés en vacances : ça aurait coûté largement moins cher de les envoyer en pension complète dans l’hôtel quatre étoiles luxe le plus proche.

Au rétablissement : alarmes à gogo

Comme je l’indique supra, au retour du courant après une coupure longue, il faut faire le tour de l’ensemble des systèmes alimentés sur batteries, à commencer par le SSI. La boîte en contrat m’a envoyé une personne, pas celle qui connaît les lieux, et que j’ai dû accompagner pendant une journée complète, parfois dans le hurlement des sirènes (incendie ou intrusion) qui ne voulaient pas s’arrêter avant de longues minutes de dialogue sur un panneau de commande abscons.

Mais il y a eu l’informatique aussi : donc là très clairement les machines n’ont pas été descendues proprement par leurs onduleurs, et elles n’ont pas été correctement protégées au retour du courant. Avec toute la transparence dont savent faire preuve des info-boyz qui ne s’adressent qu’à la région et n’ont jamais rien à dire à un SGEPLE, je n’ai pas su exactement ce qui a foiré, mais c’était à peu près tout je crois. Tout ça pour dire qu’après m’être démené pendant deux semaines entières pour que le lycée puisse accueillir ses élèves le lundi de la rentrée, j’y étais, sauf pour l’informatique, qui n’est revenue qu’en fin de matinée du mardi.

Quand y en a plus, y en a encore

Aux vacances suivantes, en juillet donc, on avait pris RDV pour une coupure générale de la boucle interne 20 000 V. L’objectif était de rétablir le fonctionnement normal de ce qui avait été remis sur pied dans l’urgence pendant les vacances. La coupure programmée devait se coordonner avec Enedis, qui n’a pas répondu à leur demande (ils ont recruté des anciens d’un rectorat ou quoi !?). Même les pros de l’électricité ne s’y attendaient pas, mais sur le terrain le jour dit, le gars était bien là à l’heure.

En revanche toutes les pièces à changer n’étaient pas encore obtenues, (d’avril à juillet, hahem !), et une troisième coupure devra se faire à Noël. Avec, à chaque fois, l’informatique qui crashe, les SSI qui tremblent, l’alarme intrusion qui se fait une parano, les gens dans les logements à prévenir. Ça fait envie, n’est-ce pas ? D’ici-là on aura peut-être des modifications de conception des circuits, car il semble y avoir une mise en série d’équipements de sécurité qui devraient être disjoints. En tout cas c’est plus mézigue qui fait joujou avec les disjoncteurs de puissance, c’est déjà ça de gagné.

En conclusion

Un bon SG devrait maîtriser sans hésitation l’ensemble de ces points :

  • où est le transformateur (ou les transfos, et le poste de distribution, s’il y en a plusieurs !), où se trouve la clé pour y accéder
  • avoir un contrat d’entretien permettant d’obtenir une propreté raisonnable dans ces locaux
  • à quels endroits se trouvent des systèmes alimentés sur batteries (y compris les trucs de la centrale intrusion planqués dans les faux-plafonds etc.)
  • avoir jamais loin le numéro de téléphone de gens compétents et réactifs de la CT, mais aussi celui du chef de l’informatique de la CT, pour signaler les embêtements électriques, inopinés ou programmés
  • avoir consigné tous ces savoirs essentiels dans une fiche technique pour cellui qui sera d’astreinte la mauvaise semaine, parce que c’est pas toujours à notre pomme de tout faire à tout moment, du moment qu’on l’a organisé

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