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Le groupe de sécurité des ballons d’eau chaude électrique
dimanche 22 février 2026, par
Un Nième exemple de petit élément technique qu’un gestionnaire d’EPLE doit connaître pour ne pas se laisser surprendre, ne pas perdre de temps, ne pas passer pour une truffe aux yeux de tout un tas de casse-pieds.
Énergie, dilatation et sécurité
Quand on chauffe un objet, il se dilate : il prend plus de place. La force que représente cette dilatation est très importante, et ne pas en tenir compte c’est se préparer de belles catastrophes. Quand vous chauffez de l’eau dans un contenant fermé, en un peu moins net et ferme que si vous laissez geler une bouteille au congélateur mais quand même, ça explose. [1]
En cas d’explosion, on se retrouverait avec cent, trois cent litres d’eau se déversant en quelques secondes dans le local. Et de l’eau chaude, je rappelle. Mais cette catastrophe n’est pas la plus probable : en général vos robinets ou vos conduites, qui subissent la même pression que le ballon lui-même, auront lâché avant.
Bref, tous les appareils de production d’eau chaude sont obligatoirement munis d’un groupe de sécurité, qu’on va étudier ci-dessous pour la bonne connaissance des enquiquinements que ce machin peut apporter dans la gestion d’un établissement scolaire.
Présentation du groupe de sécurité
Situé juste en-dessous du cumulus, entre la conduite d’alimentation en d’eau froide et l’entrée dans le ballon lui-même, c’est un appareillage se composant d’une vanne, un clapet anti-retour et une soupape, et a pour mission de décharger la surpression dans un petit siphon, direction les eaux usées.
Le groupe se compose d’une soupape réglée pour laisser s’échapper de l’eau lorsque la pression monte au-dessus de 7 bars. [2] Il comprend aussi un clapet anti-retour, qui empêche l’eau chaude de revenir en arrière dans la conduite d’arrivée d’eau froide. Pas du luxe pour éviter de gaspiller de l’énergie. Et une vanne pour arrêter facilement l’arrivée d’eau.
En temps normal, au moment où cela chauffe, le groupe laisse échapper quelques gouttes de temps en temps. Comme c’est à petit débit, il y a beaucoup d’évaporation, et formation d’une croûte de calcaire. Ce dépôt de tartre fait partie des causes possibles de dysfonctionnement à moyen et long terme.
Entretien, durée de vie du groupe de sécurité
Deux mauvaises nouvelles pour la gestion bâtimentaire :
- un groupe a besoin d’un entretien périodique
- il a une durée de vie officielle limitée à cinq ans
L’entretien c’est pas grand chose : on ferme la petite vanne pour couper l’arrivée d’eau froide, et l’on tourne le gros bouton pour faire passer une courte cataracte qui devrait dégager tout bouchon de calcaire en train de se former. Attention, le bouton se tourne dans le sens antihoraire, pas comme un robinet normal. Ne pas oublier de remettre en fonction en rouvrant la vanne, bien sûr. Une pissette de produit dégrippant semble envisageable : en effet, la soupape se trouve en-dessous du passage de l’eau sanitaire, et le produit sera purgé sans pouvoir remonter dans l’eau stockée.
Ce geste devrait être réalisé deux fois par an. Pour chaque groupe. Quel·e intendant·e dispose d’une liste des ballons présents dans la baraque, logements compris !? Et demande à son OP de lui remettre deux fois par an un émargement du travail de prévention réalisé ?
Et pour tout arranger, même entretenus ces machins ne sont pas réputés tenir plus de cinq ans. Bon, dans la vraie vie, après trente ans et sans avoir été maniés, ils ne sont pas tous en rade. Mais ça se surveille... La seule bonne nouvelle, c’est qu’un groupe c’est vingt balles dans un magasin de bricolage. Mais il faut un minimum de compétence pour le changer.
Mieux, il semble envisageable de ne pas forcément devoir vider les centaines de litres d’eau du ballon pour changer le groupe :
Étapes pour changer un groupe de sécurité sans vidanger le ballon :
- prévoir un seau et des serpillières
- couper l’alimentation électrique du ballon 24h à 48h avant afin de s’assurer que l’eau du ballon ne sera plus chaude
- fermer l’arrivée d’eau froide du logement au niveau du robinet général
- fermer la vanne d’arrivée d’eau froide du groupe de sécurité pour que le chauffe eau ne se vide pas
- déconnecter le tuyau d’évacuation de la purge, dévisser et retirer le siphon
- ouvrir brièvement l’eau chaude depuis n’importe quel robinet pour « casser » la pression, puis la refermer
- dévisser le groupe de sécurité
- visser le nouveau groupe
- ouvrir la vanne d’eau froide sur le groupe. Ouvrir le robinet général d’eau, remettre le courant, ouvrir un robinet sur position eau chaude pour purger l’air.
Bon, moi j’ai quand même l’impression qu’entre 7 et 8 il faut mettre le doigt en travers du truc pour qu’il ne se vide pas, mais j’ai peut-être pas tout compris.
Écologie et réglage pertinent
Plus le ballon sera réglé sur un stockage de haute température, plus vous consommerez d’énergie, vous le saviez déjà. Mais à la lecture de cet article, vous comprendrez aussi que vous augmentez la dilatation, donc la pression, donc la perte en eau dans le groupe. Et le vieillissement du groupe, la probabilité qu’il lâche, tous les enquiquinements quoi.
Il faut déjà en temps normal limiter la température de l’eau pour ne pas risquer des brûlures : 58°C maximum, et c’est déjà beaucoup. Mais il faut aussi ne pas descendre sous 45 °C, sans quoi on prend le risque d’un développement de légionelles.
Enfin calorifugez vos conduites d’eau chaude sanitaire, pour perdre moins d’énergie et avoir une qualité de température desservie plus régulière. Au strict minimum, pour quelques dizaines de centimes, protégez les premiers centimètres de tube d’eau d’eau chaude sortant du ballon, pour limiter la perte de chaleur par convection dans le tuyau, même quand personne ne tire d’eau.
La panne du groupe de sécurité
Comme pour d’autres organes de sécurité, un groupe qui ne marche plus ne cesse pas d’assurer la sécurité. En revanche, il n’assure plus un service normal et notamment raisonnablement économique : c’est une belle fuite d’eau. Et une fuite d’eau planquée dans placard ou un faux-plafond, brrr...
Quand la soupape fatigue, ou est trop encombrée de débris de tartre, elle reste ouverte. L’eau froide continue à arriver dans le ballon, qui continue à chauffer. Mais on a un robinet ouvert, et de l’eau à 5 € le mètre cube qui part direct à l’égout, en toute discrétion.
Vous pouvez aussi avoir un problème de pression trop élevée dans le réseau d’eau froide, qui fait s’actionner la soupape comme il lui est demandé. Normalement sur l’installation d’un EPLE, on devrait avoir un régulateur de pression, et cela ne devrait pas arriver. Mais d’ici que vous ayez un bâtiment isolé que le études auraient omis de doter de cet équipement...
Le groupe qui ne sert pas et les problèmes d’odeurs
Un autre problème peut arriver : vous n’avez pas besoin d’eau chaude, et le ballon est carrément éteint. Le groupe n’a aucune raison de monter en pression, et vous ne devriez jamais en entendre parler, me direz-vous. Certes, mais l’évacuation de l’eau déchargée ne servant jamais, le siphon va sécher. Et vous allez vous retrouver avec un tube ouvert donnant directement sur les eaux usées, donc des problèmes olfactifs.
Prenez le réflexe, quand il y a des odeurs nauséabondes, de rechercher un siphon inutilisé ou défectueux, et vous verrez, souvent cela sera celui d’un groupe de sécurité. Si vraiment il ne sert pas, alors vous pouvez le remplir d’huile, qui ne sèchera pas.
[1] Rappel de cette loi physique au programme du collège : les gaz peuvent se compresser, pas les liquides. L’eau est le seul liquide qui se dilate en se solidifiant, c’est dû au processus de cristallisation de la molécule.
[2] soit autant d’hectopascals, soit autant de fois approximativement le poids de l’atmosphère terrestre à basse altitude
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